L'Antre de Zanros

Le corps de Petterson gisait dans un cercueil aux yeux de tous, ses anciens collègues étaient présent pour lui présenter leurs hommages. Plusieurs rangés de chaises avaient été installés dans la salle et d’anciens amis et collègues défilèrent devant un pupitre pour énoncer quelques mots. Comment Petterson pouvait-il assister à cela, alors que son propre corps gisait en face de lui, dans le cercueil ? Il essaya de toucher son propre corps, mais celui-ci réagit comme de la fumée, comme si ce qui l’entourait était faux, qu’une simple illusion, pourtant sa mort fut bien réelle. Que lui arrivait-il ? Que pouvait-il faire pour sortir de ce cauchemar sans fin ? Il se souvint des dernières paroles du traitre, ceux sur la réincarnation. Si ce qu’il disait été vrai, cela ne pouvait signifier qu’il y avait une vie après la mort mais comment cela marche ? Verra-t-il sa vie défiler ? Ses erreurs ? Ses regrets ? Non, affirmer que la réincarnation pouvait exister revenait à accepter qu’un être supérieur existait et que cet être ne faisait rien pour améliorer le monde qu’il avait créé. Alors que Petterson réfléchissait, autour de lui, le monde s’écroulait littéralement, ne laissant place qu’aux ténèbres.

Petterson ne voyait rien, ne ressentait rien, il n’était plus que pensée dans le néant, combien de temps s’était-il écoulé ? Il n’avait aucun repère. Était-il vraiment mort ou c’est ce qu’on voulait lui faire croire ? Il ne devait pas rester ici plus longtemps ou sa santé mentale se détériorera. Mais comment sortir alors qu’il ne sentait même pas ses jambes ? N’avait-il, ne serait-ce, que des jambes ? Il ne voyait rien, n’entendait rien, ne ressentait rien. Du moins, il n’entendait rien d’autre que sa propre voix dans sa tête, réfléchissant, essayant de trouver un sens à tout cela. Les paroles du traître l’avaient plus marquées qu’il ne le pensait. Il était sur le point de se perdre, lorsqu’une voix retentit du néant.

— Pauvre humain, les Serviteurs du déchu ont brisé son âme, dit une voix féminine. Que devrions-nous faire de lui, mon cher frère ?
— Je ne sais pas, chère sœur, cela fait bien longtemps que nous n’avions pu observer ne serait-ce qu’une âme, ici bas, répondit une voix masculine.
— Oh, je sais ! Amenons cette âme aux autres et laissons les décider pour nous !

Depuis qu’il était ici, ce fut la première fois que Petterson sentit quelque chose. Il se sentait attiré dans ces ténèbres, cela ressemblait bien plus à une chute qu’à autre chose, notamment. Il arriva dans une zone avec de la lumière et vit avec stupéfaction qu’il n’avait plus de corps, il voyait mais n’avait pas d’œil, il sentait, mais il n’avait pas de nez et il marchait mais n’avait pas de jambe. Bien qu’il savait que les sources des deux voix étaient proches, il ne les voyait pas mais, il voyait des lignes sur le sol, ces lignes se croisaient en dessous de lui et délimitaient douze emplacements, les deux voix qu’il avait entendu se situaient que dans un seul d’entre eux.

— Vous nous avez apporté un met de qualité, les jumeaux. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas vu une âme, humaine qui plus est, dit une voix sombre dans l’emplacement à droite des jumeaux.
— Silence, messieurs, je vais lui parler, commença une autre voix, à l’opposé. Humain, le temps que les jumeaux t’amènent auprès de nous, je me suis nourris de tes souvenirs. J’ai vu ce qui est arrivé. Les Serviteurs du déchu ont infiltré ton organisation pour pouvoir le ramener, signifiant qu’il n’est pas encore sorti de sa prison éternelle. Je vais te proposer un marché que tu ne pourras refuser.
— Et si je refuse quand même ? Arriva à demander Petterson, alors qu’il n’avait ni bouche, ni langue et encore moins des cordes vocales.
— Alors tout ce que tu as connu, tout ce que tu as défendu et aimé sera condamné. Notre pouvoir est limité, mais l’expérience que tu as vécue avant ta mort a réussi à créer une brèche infime dans la barrière qui nous maintient emprisonné. Nous utiliserons le peu de force qu’il nous reste pour te ramener chez toi, vivant. Mais, tu devras faire une chose pour nous ou, comme je l’ai dit, ton monde sera condamné. Tu devras nous libérer. Je sais ce que tu dois te dire, si nous sommes emprisonnés, c’est qu’il y a une raison, et oui, c’est celle d’être né en tant qu’oméga. Oui, nous treize, avec les jumeaux, nous sommes des omégas mais, nous représentons le symbole que tu as juré de défendre. Nous sommes les omégas du zodiaque.
— Vous vous foutez de moi ? Je suis censé vous croire ? C’est… ma tête ! Tout ça, c’est dans ma tête ! Vous n’existez pas, c’est ce traître ! Il veut… il veut sûrement que je les rejoigne ! C’est ça ! Vous êtes le processus de lavage de cerveau, vous utilisez des éléments de ma mémoire pour que je rejoigne sa cause !

Une forme sortit de l’ombre, une sorte de taureau qui marche sur deux pattes, comme dans la mythologie grecque, un minotaure. À l’opposé du minotaure, un jeune homme s’interposa entre lui et Petterson, c’était la personne qui lui parlait.

— Voyons, il ne faut pas se calmer. On va faire un arrangement simple, Léopold, je peux t’appeler Léopold ou juste Agent Petterson ? Tu ne nous donne aucune réponse maintenant, on fait notre part du marché, soit, on te renvoi chez toi avec notre bénédiction. Ce sera à toi de décider si tu nous croit ou non, mais sache que si tu ne nous libère pas, ton monde sera condamné, les Serviteurs libéreront Origine de sa prison et lui offriront ton monde en sacrifice. En clair, si tu ne remplies pas ta part du marché ton monde sera perdu et nous serons tout de même libérés car il voudra nous dévorer pour accroitre sa propre puissance. Soit tu perds… soit nous sommes tous gagnant.

Petterson n’eut pas le temps de répondre, tout devint noir et il se sentit tomber à nouveau, tomber dans une lumière douce, celle de la vie.

Oh, toi, Léopold Petterson, nous te confions notre bénédiction, libère-nous afin que ton monde soit sauvé ou voit le sombrer. Les emplacements de nos barrières ont été implantés dans ton esprit.

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